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Un espace pour respirer et me souvenir de ce que j'aime… Un lieu aussi où nous serons deux à nous exprimer, Marcelle et Jean-Louis.
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lundi 19 janvier 2009

Royal cauchemar


Cinq heures. Illuminé de haut en bas, le palais, livré aux outrances révolutionnaires du peuple, semblait un volcan éventré. Le sommet crachait des flammes, à tous les étages on jetait à travers les baies fracassées des meubles précieux, des trésors, on défenestrait ses derniers fidèles. Plein d'effroi, il courait pour quitter la ville. Il courait pieds nus, pris au dépourvu par l'insurrection, comme dans ses plus mauvais rêves.
Il reçut au visage le souffle froid et odorant de la campagne, il se crut sauf. C'est alors qu'une vieille femme surgit d'une masure ; elle ouvrait de grands bras décharnés pour lui barrer le passage. Tout de suite elle remarqua ses pieds nus.
«Tu es le roi, dit-elle accusatrice.
—Laisse-moi passer.
—Je veux ton manteau.
—Je n'ai plus que lui! gémit-il.
—Donne-moi ton manteau, il va neiger et j'ai froid.»
Accablé il ôta le vêtement, puis tandis qu'elle l'enfilait avec satisfaction, il croisa machinalement les mains devant son sexe.
«Ça te fait pas bander, la révolution?» ricana la vieille.
Il se mit à pleurer, alors que tombaient les premiers flocons de neige.
Cinq heures.
La couronne reluisait sur la table de chevet; elle cerclait d'or massif un verre d'eau minérale et une boîte de suppositoires à l'huile de foie de morue. Le roi Budiban II dormait sur le dos, les mains croisées sur la poitrine, solennel. Ses pieds nus sortaient du lit débordé; les gros orteils s'agitaient par intermittence, étirés en arrière avec une raideur vibrante, pénible à observer —des orteils hors du commun, volumineux et pâles, qui dépassaient généreusement les autres doigts de pieds de plusieurs centimètres. Des orteils d'écraseur.

Extrait de L'Arbre d'or, roman publié par les éditions Denoël, collection Présence du futur -1983

4 commentaires:

Bérénice a dit…

Ce texte est dur ! Mais pour mieux comprendre peut être faudrait-il tout lire ?
Je passais, en fait...

Le coucou a dit…

Quelle bonne surprise, Bérénice! J'avais publié cet extrait (le livre étant encore au catalogue de l'éditeur, seules des citations sont autorisées), en écho à un billet du coucou… Merci de votre visite et du commentaire.

France a dit…

Bonjour je n'ai pas trop le temps pour la lecture mais lorsque l'on parle d'arbre, je suis là merci

Le coucou a dit…

France, merci de la visite…