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Un espace pour respirer et me souvenir de ce que j'aime… Un lieu aussi où nous serons deux à nous exprimer, Marcelle et Jean-Louis.
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mercredi 23 mars 2011

Pathos, Ithos, et Arrachis

Il n'y a pas de début, tout était déjà commencé d'astronomiques lurettes, il n'y a de fondé que la fin de l'être. Tu es douceur ineffable, sourire au bord du sommeil, que la nuit prend. Qu'est-il arrivé, qui dira comment tu es partie sans adieu et si la marche au dernier quai a tourmenté ton rêve, s'il aurait suffi de crier reste ! pour que tu reviennes sur tes pas. À la fin vient le silence, le tien était noir comme la nuit qui nous bordait. La raison, dure comme chair devenue pierre dont la glace a triomphé du velours, la raison pose un point éternel au dialogue inachevé. Il ne reprendra plus, même le jour où je viendrai, l'âme est aussi chétive que ces barrettes de mémoire vidées de sens pour un soupir électrique. Et me voilà férocement jaloux de qui a foi dans la sauvegarde suprême.

Au début était le néant, Dieu éjacula et le désordre du monde fut ; à la fin viendra le sublime chaos. Dans le grouillement des âmes dont les trompettes célestes couvrent la rumeur éperdue, nous nous reconnaîtrons toi et moi, que de choses nous aurons à nous dire, que d'amour à rattraper, étrangers aux préambules du jugement dernier.

Peut-être me souviendrai-je cependant de te faire reproche de ce trop lourd silence, d'avoir attendu en vain la visite de ton spectre aimable et que chante le piano au milieu de mes nuits blanches (le 12e prélude en fa mineur du premier cahier, tiens, dont la sérénité s'étiole depuis que tu ne le joues plus pour moi).

Qu'on m'amène Dieu par la barbe, je serai intraitable. Retournez le monde, battez l'univers, fouillez jusqu'au dernier atome qui le pourrait cacher, il faut bien qu'il soit tapi quelque part. Ce qu'il a volé n'a pas de prix. Décimerait-on ses légions d'anges, mettrait-on le ciel à sac, arracherait-on ses yeux divins que cela ne suffirait pas à me rendre justice. Mes bras n'étaient bons qu'à t'étreindre, les voici ballants, mes baisers ne connaissaient que tes lèvres, je ne les trouve plus. J'ai tant de choses encore à murmurer à ton oreille, les mots se perdent dans la terre que la pluie tasse, peut-être vont-ils jusqu'à toi.

10 commentaires:

Ch. Sanchez a dit…

Touchant, forcément... Pas d'autres mots, juste des pensées émues.

Le coucou a dit…

L'écriture à l'huile c'est plus difficile que l'écriture à l'eau, tant pis si ce n'est pas rigolo : à quoi bon barbouiller des lignes pour ne rien dire ? Merci d'avoir laissé une trace.

dedalus a dit…

C'est plus difficile, mais c'est plus beau !

Anonyme a dit…

très très beau.je partage l'émotion.
nonna

celeste a dit…

Les mots, les notes, le courage de continuer sur le chemin de la vie.

Je t'embrasse, gentil coucou, je suis proche, pour quelques pas dans la campagne où un café à une terrasse.

Le coucou a dit…

Dedalus,
du coup, c'est moi qui suis à court de mots…

Nonna,
merci.

Céleste,
ne pas confondre courage et habitude. Merci de ta visite et de l'invitation : on aura bien encore l'occasion de manifester un de ces jours.

solveig a dit…

Quelque chose m'a poussée ici ...
et je reste sans mots ... les mots c'est toi qui les possède et les transmets.
Heureuse la femme ainsi aimée.
Je pense souvent à elle, à vous deux.
Et te souhaite que la vie se fasse plus douce.

Le coucou a dit…

Solveig,
comment répondre à ton commentaire si touchant ? Il rend ce bout de journée moins vide. Tes mots sont là, bien, merci d'avoir su les trouver.

solange a dit…

en cherchant à affiner ma connaissance de pathos et ithos, je suis tombée sur ce texte très beau qui me touche d'autant plus que mon homme est à l'agonie. Néanmoins, j'aime l'idée d'une mise à l'épreuve de mon courage et de ma joie, de ma foi en l'espérance. Je respecte la nostalgie et son inaltérable fidélité. Force et grâce, donc.

Le coucou a dit…

Solange,
le désarroi a donc aussi ses hasards heureux ! Je ne sais si nous partageons la même lecture de l'épreuve, mais votre commentaire m'a ému, soyez en remerciée.